18 Février 2023
Hommage
"Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort.
Je trouve ça choquant.
Je peux vous assurer que c'est bien plus important que ça"
Willam Shankly(*)
Cette chronique est dédiée à Abdelkader Zitouni, qui nous a quitté il y a une année déjà, en ce triste jour du 17 février 2022.
Tiaret, vendredi 12 avril 2002.
Un soleil de printemps brille de tout son éclat sur la ville.
Il est 10 heures du matin. Une foule nombreuse et bigarrée, venant des quatre coins de la ville et de ses environs, afflue vers la place rouge. Les cafés autour commencent par se remplir à un rythme effréné.
Au milieu de la place, le fameux kiosque Boucetta, pavoisé aux couleurs locales - bleu et blanc - est cerné par des supporters bruyants qui entonnent spontanément et en chœur quelques chansons du terroir. Leurs voix viennent se mêler à celles des vendeurs à la criée, venant des abords du marché couvert, situé en contrebas. Des sons de trompettes fusent de temps en temps, ponctués sporadiquement par des "Olé !" dont les échos se propagent jusqu’aux hauteurs des quartiers alentour.
Des camelots délurés et opportunistes, proposent des banderoles, fanions et autres accessoires floqués aux armoiries de la ville. Ils s’en donnent à cœur joie au milieu de ce charivari joyeux et festif, en ce jour de marché, de prière et de … foot.
A onze heures du matin, les rues adjacentes à la place sont déjà bondées, il est même difficile pour les automobilistes de se frayer un chemin dans cette vague humaine en effervescence, que les trottoirs ne peuvent contenir et qui déborde sur la chaussée.
Les discussions s’animent et chacun y va de son pronostic, de sa composition d’équipe, des joueurs qu’il préfère voir évoluer et de ceux qui devraient rester sur le banc. On jette un coup d’œil au classement, on suppute sur les chances de battre telle ou telle équipe et on se voit déjà en haut de l’affiche. Les esprits s’échauffent et certains exaltés manquent même d’en venir aux mains mais se font vite rappeler à l’ordre par leurs congénères plus âgés, mettant fin à ces inutiles algarades. On se calme.
Le match est prévu à 15 h au stade Kaïd Ahmed. Tous les billets ont été écoulés depuis quelques jours déjà. Et beaucoup de retardataires cherchent désespérément à acquérir le fameux sésame, au marché noir et au prix qu’il faudra. Quitte à sacrifier le lait et le pain de leurs mioches. Le foot rend fou.
Il faut dire que Tiaret n’a pas connu une telle animation et un tel engouement autour de son club phare depuis de longues années, marquées par un désert culturel et sportif qui n’avait que trop duré.
L’équipe a commencé à retrouver des couleurs et à tracer son sillon en toute confiance, pour rejoindre l’élite. Les résultats étaient probants et encourageants. Avec une gestion rigoureuse, un encadrement de qualité et une communication soignée, le club était promis à retrouver son prestige d’antan et à (re)jouer les premiers rôles, au grand plaisir de ses nombreux fans.
Dans les rubriques sportives des journaux, les commentateurs n’étaient pas avares d’éloges à son égard.
Ce parcours exaltant, cette réconciliation du club avec son public, ces moments de joie que nous avons vécu et apprécié à leur juste valeur après une décennie de troubles, ces sourires retrouvés et cette euphorie indescriptible, nous les devons à un homme, qui mû par la flamme de sa passion et une volonté de fer, s’est investi corps et âme, contre vents et marées, pour son club et pour sa ville qu’il chérissait plus que tout.
Mais comme toutes les bonnes histoires ont une fin, il était écrit, quelque part, que cette aventure allait cesser un jour. Et que cette parenthèse enchanteresse allait se refermer. C’était la parenthèse Zitouni.
Aujourd’hui, la place rouge, ayant perdu de sa superbe, est désertée. Les cafés autour sont fermés. Et M. Zitouni s’en est allé. Quelle tristesse !
Adieu l’ami et merci pour ces moments.
(*) Ancien entraîneur du Liverpool FC.
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